Décembre 2018

De l’entre-soi informatique au partage des savoirs

La transition numérique, autre nom pour signifier le passage au « tout internet » et à la dématérialisation des échanges, apporte son lot de risques et d’enjeux pour nos sociétés. D’un outil périphérique, Internet est devenu en l’espace de quelques décennies l’un des centres de nos vies professionnelles et interpersonnelles.

La vulgarisation de l’informatique n’a malheureusement pas suivi, et, aujourd’hui encore, rares sont les personnes ayant une réelle compétence, que ce soit en développement web, en cybersécurité ou dans les innovations du type Intelligence Artificielle, Big Data, blockchain, algorithmes de profilages etc. Parmi les personnes ayant ces compétences, encore plus rares sont celles qui maîtrisent le sujet en investiguant autrement que par des « recettes de cuisine » de vérifications à cocher.

Le savoir est détenu au travers de quelques formations et écoles aux tarifs prohibitifs diffusant au compte-goutte des expertises totalement décorrélés des besoins réels de la société.

Jamais, dans l’histoire de l’humanité, nos infrastructures vitales, nos comportements et nos informations n’ont été à ce point dépendants d’un domaine comptant si peu de sachants, bien que quelques vulgarisations offrent à celles et ceux qui n’ont pas intégré ce petit navire la possibilité de rester au-dessus de la ligne de flottaison. La protection des données personnelles en fait partie en étant assez ostensiblement ouverte aux juristes, leur permettant d’entrevoir la complexité de ce que l’on résume assez simplement par le terme « informatique ».

Jusqu’à présent, les nouvelles normes et réglementations ont surtout été, dans notre société libérale, une occasion de permettre à une quantité finie de personnes physiques ou morales de tirer leurs épingles du jeu en facturant chèrement leurs services d’accompagnements. Mais ce sont aujourd’hui d’expertises à bien plus grande échelle dont notre société a besoin, particulièrement face aux enjeux géopolitiques actuels liant propagande, cybermalveillance et intelligence artificielle.

Nous n’avons pas les moyens d’être compétitifs à l’international ni de nous défendre du fait de la faible quantité de personnels formés, du niveau problématiquement bas des budgets alloués et de l’incapacité économique des entreprises de petites tailles à pouvoir bénéficier d’un accompagnement de qualité (quand il y en a).

Nous ne pouvons plus fonctionner à l’entre-soi ou aux colloques triés sur le volet mettant en valeurs quelques projets IT de grands groupes, mais en visant une vaste démocratisation de la connaissance et des techniques. Les cabinets médicaux, les avocats, les huissiers, les comptables, les psychologues… tous ces professionnels, la plupart exerçant en petites structures, manipulent des données extrêmement sensibles qui peuvent, une fois divulguées (par des hackers, par exemple), permettre à des acteurs peu scrupuleux d’agir dangereusement sur les vies de nos concitoyens et de nos entreprises.

Chiffrer ses données, connaître les bonnes pratiques sur le web ou en interne, remédier aux failles etc. ne peuvent plus rester l’apanage de quelques gros groupes, au risque de voir un jour poindre une large campagne de cybermalveillance sur nos petites entreprises.

On l’oublie vite, mais d’après les chiffres de 2016 : sur les 3 400 000 entreprises françaises, 95% disposent de moins de 10 salariés et 65% d’aucun salarié. (seules 1% disposent de plus de 500 salariés). C’est donc sur les petites entreprises que reposent la France et l’Union Européenne, et non les grosses structures.

Face à ce constat, nous ne pouvons qu’insister sur l’importance d’axer la diffusion des savoirs et des accompagnements vers les petites entreprises et les citoyens. Il faut miser la pédagogie (pour limiter le coût d’entrée en terme de savoirs), la formation à distance certifiante (pour les professionnels) et une baisse drastique des coûts financiers à engager (un petit restaurateur n’a pas les moyens de régler un DU à 10 000 euros ni de fermer sa boutique pendant 6 mois).

Nous ne pouvons plus nous permettre de bloquer la connaissance pour des contingences économiques à court terme, il en va de la survie de notre société et de notre économie.

Il y a assez de travail et de rentabilité dans ces domaines pour tous, c’est pourquoi il est temps d’envisager de nouveaux paradigmes dans les rapports d’affaires entre experts, chercheurs, conseils, formateurs, universitaires et institutions publiques : la bienveillance, l’éthique et l’entraide.

Un co-fondateur d’Observantiae

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