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Pensées libres - Pistes de liberté aux temps de l’oppression numérique - Observantiae
Anticipation Août 2020 innovation Pensées libres vie privée

Pensées libres – Pistes de liberté aux temps de l’oppression numérique

Résumé de l’article ( à destination des TL; DR ) :

Cet article défend l’importance de la liberté et de l’émancipation des individus dans leurs vies personnelles et numériques en s’appuyant sur des éléments théoriques et d’autres autobiographiques.

L’impossibilité de réelle concurrence entre les jeunes entreprises et les monopoles du numérique entraînent une aspiration de la totalité de nos vies numériques au sein de mêmes mains.

Coupé en tranches marchandisables et rentabilisé et jusque dans ses temps libres, l’individu est instrumentalisé et aliéné de sorte qu’il ne puisse plus être un citoyen démocrate (la démocratie nécessitant des individus libres, indépendants, émancipés intellectuellement et culturellement). Les démocraties sont donc en crise, et le pouvoir économique a durablement remplacé le pouvoir politique et électoral.

A titre individuel, le citoyen se trouve en situation d’addiction par rapport au numérique. Il n’utilise plus un outil, mais en est devenu partie intégrante. Il ne quitte plus son « smartphone », trop utile car contenant tout ce dont il puisse avoir besoin au quotidien (musique incluse). Mis en tension dans son quotidien (au travail comme dans ses relations) et en crise d’égo permanente, il est aisément manipulable pour faciliter son incitation à « l’achat compulsif », mais également, entre autres, au « vote compulsif » via une consommation d’informations en apparence librement choisie mais en réalité passive et sélectionnée pour lui.

Ainsi, au même titre que la démocratie et l’État de Droit, c’est également la possibilité pour chacun de poursuivre librement le Bonheur qui est atteinte, voire rendue impossible. Publier pour exister, être diverti, gérer les notifications, tout est calculé pour que l’esprit soit le moins possible oisif, le moins possible libre de se définir par lui-même.

Est-il possible de se libérer et de reprendre le contrôle de son esprit et de sa vie relationnelle sans pour autant faire une croix sur les nombreux avantages personnels offerts par l’ère des réseaux sociaux (remplaçant, pour moi, aujourd’hui, l’ère internet) ? Individuellement cela nécessite un certain courage et des actions concrètes, comme de quitter son double numérique à long terme pour créer des profils à courts termes. Politiquement, et c’est un immense chantier auxquels aucun État démocratique ne semble s’être attelé : il faut créer de l’oisiveté, de la réelle oisiveté. Dans oisiveté, il faut comprendre sécurité individuelle, temps réellement disponible pour soi, connaissance librement offerte et certitude de pouvoir créer et prendre des risques sans être immédiatement en danger.

Pour y parvenir, il est nécessaire de comprendre les mécanismes du monde qui nous entoure, certes, mais avant tout de prendre le temps de s’analyser soi-même en voyant ce qui nous motive, notamment nos actions (à titre d’exemple : qu’est-ce qui m’a poussé, ici et maintenant, à sortir mon téléphone et à cliquer sur telle ou telle application ?). En clair, il faut réapprendre à potentiellement s’ennuyer, pour se lancer dans des actions que l’on a librement choisies après avoir laissé vagabonder, librement et indépendamment, son esprit.

Cela n’est pas permis par la société du « tout, tout de suite », de la pression constante, de l’hyper-consommation, du gonflement des égos des réseaux sociaux et de la précarisation des citoyens au nom d’une rentabilité optimale qui est un extrême inatteignable. Avant de le faire politiquement : le faire pour soi, puis pour son entourage et, demain, changer le monde avec de nouvelles idées pas nécessairement toutes référencées chez Google 😉 .

Demain, des moteurs de recherche et des réseaux classés patrimoine mondial de l’Humanité, aux codes de programmation vertueux et rendus publics ? On peut rêver, non ? Et pourtant… qui sait ?

Article de fond

Voici un nouvel article, en partie autobiographique, destiné à expliquer le cheminement ayant mené une personne totalement ignorante de la notion de la vie privée (moi) à une personne de plus en plus impliquée, de plus en plus en recherche de protéger son espace d’intimité, de sécurité, et de créativité.

« Je n’ai rien à cacher ». C’est, bien évidemment, l’exclamation la plus commune, soutenue par presque tous.

Vraiment ? Toutes vos recherches pornographiques ?

Vraiment ? Un couple sans nuage d’aucune sorte ?

Vraiment ? Des idées toujours lisses et consensuelles dont vous n’avez jamais eu de remord par la suite ?

Vraiment ?

Non, on a bien évidemment toutes et tous des choses à cacher, des choses dont nous ne sommes pas fiers (et c’est heureux : cela prouve que l’on vit, que l’on pense, que l’on bouge, que l’on essaye et que l’on se trompe… bref, que l’on est humain).

Aujourd’hui, encore, nous pensons ou exprimons des choses dont nous pourrions avoir honte demain, mais nous n’en sommes bien évidemment pas encore conscients.

C’est pourtant l’illusion internet, l’illusion de la visibilité sur les réseaux sociaux, de croire que tout se perd, que tout s’oublie dans le « flux » et que l’on peut tout dire sans risque.

Certains réactionnaires invoquent à tort et à cris qu’il faut « mettre fin à l’anonymat sur le net », pour lutter contre la haine. Ils ne sont pas conscients que rien n’est totalement privé sur le net, même en passant par un VPN, par des outils libres ou open-source, par le projet TOR ou autres. On y laisse toujours des traces, stockées quelque part, qu’une personne ou une équipe motivée pourra toujours parvenir à retrouver en y prenant le temps nécessaire .

C’est en partant de cette illusion de l’importance du temps nécessaire pour retrouver, dans la quantité de données que l’on fournit, et dont une part conséquente n’est d’aucune utilité à personne (ex : « je vais acheter du pain » «  ok »), que les personnes se sentent protégées dans leur intimité. On s’imagine que personne, jamais, n’irait perdre le temps d’exhumer notre vie et de nous rendre, du moins notre double numérique, transparents.

Et pourtant, ce qui est l’apanage de grands techniciens de haut vol aujourd’hui sera demain disponible par le tout venant, et le summum de la sécurité d’aujourd’hui n’aura que peu de valeur demain. Rajoutez à cela les nouvelles technologies de l’IA (intelligence artificielle), du machine learning, du deep learning et de tout ce qui est anglais finissant par -ing et vous constaterez avec effroi que les actions laborieuses à mettre en place à échelon humain seront demain améliorées et automatisées à une vitesse folle.

Comment lutter, véritablement, à notre niveau ? Il semble que l’alternative idéale (celle qui est présentée politiquement et médiatiquement) soit à trouver dans la notion de libre-concurrence. Un nouveau produit plus séduisant et vertueux présenté par une jeune entreprise concurrente pourra contrecarrer voire remplacer l’entreprise bien installée du numérique, quand bien même il s’agirait d’un géant.

Mais cela n’est pas aussi simple que ce que la théorie économique prévoit. Adam Smith lui-même, dans la Richesse des Nations, se méfiait du capitalisme dérégulé aboutissant à des monopôles. Il est extrêmement difficile pour une jeune entreprise de batailler seule, dans un parcours semé d’embûches, plutôt que d’accepter un confortable rachat/tutelle par une grosse structure. Qu’est-ce qu’une longue et risquée traversée du désert par rapport à une fortune arrivant, d’un coup, permettant à des jeunes entrepreneurs de pouvoir, très rapidement, vivre une vie de loisirs et de détente ? Quand bien même on ne céderait pas son entreprise, il est tentant d’avoir recours à des investisseurs, experts de leurs domaines mais parvenant malheureusement très souvent à prendre le contrôle de l’entreprise, quand bien même nous penserions avoir envisagé tous les cas de figures. Il y a également les problématiques de propriété intellectuelle, qui rendent les plus gros acteurs, dans un développement technique toujours plus rapide, les détenteurs tout puissants de « la techno du moment ». C’est ainsi que les empires se forment. On les appelle GAFAM, BATX ou encore NATU, mais peut être ne seront-ils, à force de rachat, plus que G ou F ou M.

Et c’est une entreprise (ou un État) toute puissante à la tête d’internet, ayant racheté ou bloqué tous ses concurrents qui est l’effroi de tous les défenseurs de la vie privée.

Comment, dans un tel univers numérique, faire avancer le libre et tromper les pisteurs, trackers et autres « fingerprinter » qui font du web un espace de surveillance massive omniprésente ?

De l’outil d’émancipation démocratique, permettant à chacun de parler à tous et d’apprendre ce qu’il veut de la source qu’il souhaite, Internet s’est déformé pour devenir l’outil de pouvoir parfait, idéalisé par les grands penseurs de l’autoritarisme.

Cet autoritarisme ne passe pas par la politique, il passe par la cupidité, la résignation, la paresse naturelle et l’économie de l’attention qui extraient chaque seconde de cerveau disponible aux utilisateurs.

Donne moi du clic,

Montre moi ce que tu aimes,

Aide moi à mieux te cerner,

A mieux te classer et à mieux t’influencer,

Tu m’appartiens,

Pour le business, tout d’abord, puis pour le pouvoir.

C’est une aspiration mathématique, l’argent n’est qu’un moyen et un levier, et ceux qui le possèdent (qui le possèdent vraiment) l’ont bien compris. Ce coffre d’or ou de billets n’a pas de valeur intrinsèque, il ne se mange pas et ne sert à rien. Par contre il crée du mouvement entre les êtres humains, il suscite des interactions et les motive, dans un horizon lointain et un peu flou, à peut-être, un jour, se retrouver sur une terrasse de plage, entourés d’amis et de belles personnes, sans souci, à consommer sans compter, en sécurité.

L’être humain bouge pour l’argent, pense argent tous les jours, mais il n’a le plus souvent pas compris ce qu’il est : un outil, et non une finalité.

C’est pour cela qu’il n’y a aucun intérêt à ce qu’il soit également réparti : sans besoin des autres, on n’interagit plus pour le profit, mais pour ce que l’on veut vraiment. Une juste répartition entraînerait une absence de pouvoir central, profitable aujourd’hui aux happy few. Mieux vaut que les gens en aient juste ce qu’il faut pour que cela ne soit pas assez, et d’accroître la quantité de besoins qu’ils ressentent au fur et à mesure de l’ascension sociale, si ascension il y a.

Quand j’étais étudiant, j’ai passé beaucoup de temps à gagner péniblement ma vie. Sans bourse universitaire, j’essayais de gagner ce qu’il fallait pour maintenir des relations sociales nécessairement consommatrices avec mes camarades. La pinte de bière à 5 euros (le summum de la vie sociale parisienne, maintenant passée en général à 7 euros) représentait un réel investissement social, à une époque ou 20 euros pouvait être le budget de la semaine. Lorsque l’on me parlait de salaire à plus de 1800 euros par mois, j’étais absolument sûr que ça suffisait largement pour vivre. J’en étais certain, humainement et profondément certain.

Mais lorsque l’on grandit et que l’on fréquente de nouveaux cercles sociaux, on s’adapte à leurs trains de vie, à leurs nouveaux besoins que l’on n’imaginait pas alors. Tout cela pour un seul et unique but : pouvoir interagir avec eux. Alors que le Bò bún à 10 euros du 13ème arrondissement de Paris (maintenant à 12) et le kebab à 5 euros (maintenant à 6) suffisaient durant ma jeunesse, j’ai commencé à monter mes standards, progressivement (avant d’en prendre conscience et de tenter de contrecarrer le processus). La quintessence de ça, pour moi, c’est le jeune cadre parisien qui se nourrit tous les midis, pendant sa « pause-déj de 45 minutes », d’un « burger bio à 15 euros ».

A la fin du mois, tout semble magiquement calculé pour que, afin d’interagir normalement avec son entourage, nous consommions exactement, ou plus (idéalement pour les banques), ce que nous avons gagné. Nous sommes rentabilisés, pressurisés, en tension et en insécurité permanente. Et le pire : c’est que nous le voulons. C’est là l’idéal de beaucoup d’entreprises, finalement : viser le 0 bénéfice (c’est à dire tout réinjecter en « charges » ou « investissements ») pour limiter au maximum son imposition. C’est l’idée du temps court, c’est l’idée de l’ultra-consommation.

Dans cette société de course, ou l’on ne prend plus le temps de lire ou de faire une autre activité totalement inutile (en apparence) pour soi, le monde de la donnée est une aubaine de contrôle extraordinaire.

Dépassant les théories balbutiantes du marketing classique, le smartphone détenu par des monolithes du numérique (à quelques exception dont une, notable : l’OS de l’/e/ Fondation) donne l’opportunité tant souhaitée de rentrer dans un cerveau humain de plus en plus dépendant et transparent. Cet appendice (le smarphone, donc), en interaction constante avec son utilisateur, offre la clef des moteurs les plus profond de notre psychée dans un monde de pressions individuelles conçu pour avancer de plus en plus vite à moins de s’effondrer à cause de son propre déséquilibre.

Nous l’avons vu pendant le Confinement, en France. Nous pouvions toujours manger, boire, lire, aller nous promener dans un périmètre raisonnable pour limiter les interactions sociales etc. mais cela a suffit à mettre en danger toute la superstructure économique que nous créons ensemble, qui semble nous tenir en vie mais également (et surtout) en son pouvoir.

Ne trouvez-vous pas étonnant que des discours sécuritaires d’un autre temps se mettent à pleuvoir dans tous les sens, dans une fascination de l’« IA » et de la reconnaissance faciale pour protéger d’eux-mêmes les citoyens de démocraties pourtant de plus en plus paisibles, de plus en plus calmes ? Que l’on ne s’y trompe pas, si il y a bien parfois des regains de violence ponctuelles, c’est bien face à une décroissance logarithmique de la violence que s’inscrivent paradoxalement les besoin réels de surveillance. Pourquoi ? Est-ce réellement une aspiration démocratique, ou les manipulations anxiogènes dont nous pouvons faire l’objet au travers des nouveaux et bien plus subtils Cambridge Analytica usant de nos réseaux sociaux ? La caméra partout, la transparence de tous (sauf des grosses entreprises, de leurs budgets et de leur propriété intellectuelle bien entendu) et le contrôle de tous par tous : n’est-ce pas le moyen idéal pour parfaire un Social Gaming qui ne dit pas son nom ?

Je sais qu’à ce stade de mon article, j’ai probablement perdu 99 % des lecteurs.

Certains diront « anar », non je ne suis pas anar.

Certains diront « collapso », non je ne suis pas du tout collapso.

Certains diront « parano », non je ne pense pas l’être.

Mais cela traduit cette tentation humaine de classer et trier, les choses comme ses congénères. Ça traduit également la puissance de la dialectique qui s’est emparée de nos modes de pensée :

Résumer et caricaturer l’Autre,

Rejeter l’altérité comme « anormale »,

Faire mine d’accueillir le changement ou la réflexion mais uniquement dans son petit univers standardisé selon des codes préétablis, qu’on le veuille ou non, que l’on soit religieux ou non.

Cette dictature que l’on se crée nous même est en train de se mondialiser, et je ne serai pas étonné qu’un regain de violence ponctuel incite les derniers indécis à capituler totalement.

Accepter de vivre sous l’« Œil », le regard de l’autre et la la mégastructure qui nous entoure, c’est peut être le paisible cauchemar vers lequel nous nous dirigeons toutes et tous.

Les planètes sont parfaitement alignées car notre perte des libertés fondamentales s’effectue au travers d’un outil que personne ne comprend tout à fait : l’informatique et les nouvelles technologies de l’information et de la communication (ou NTIC).

Bien sûr, tout le monde peut apprendre quelques bribes de savoir, mais :

Outre le fait qu’il faille prendre le temps à une époque où tout est fait pour que nous n’en ayons jamais,

Il est fortement improbable qu’une personne dispose de la compétence autant que de la ressource matérielle et économique pour, à lui tout seul, exister en tant qu’individu libéré sur internet.

Or, qu’est-ce que la démocratie ? Sur quel matériel de base fonctionne-t-il, se base-t-il, pour légitimer d’être le monopole de la violence légitime ? Sur des citoyens libres, éclairés, éduqués et créatifs. Mais que faisons-nous depuis 20 ans, à part nous recroqueviller de plus en plus sur un auto centre de communication de plus en plus humaine à humaine, et non humaine à univers?

Les autres planètes ? Les voitures qui volent ? Le sens de la vie, la mystique ? L’amour ?

Non, nous courbons la tête et passons le plus clair de notre intellect à trouver de nouveaux moyens de couper l’individu en tranches, en tranches marchandisables.

Le dernier pan altéré en date ? Le couple, écrasé par la consommation de « datas » des applications de rencontres avec ses nouveaux codes, incluant le terrible « ghosting », cette faculté à « effacer une personne », comme on jette un produit usagé sans autre procédure que celle de bloquer l’échange.  Le sexe est un produit, un produit rentable, alors que les derniers sondages démontrent que jamais la libido n’a été si standardisée et décevante depuis des années, malgré de grands cris marketing d’appel à la liberté… mais à la liberté du libéralisme, à la liberté du moi, et l’autre comme un outil de satisfaction. Les gens ne se rencontrent pratiquement plus en vrai : ils se rencontrent sur les applications. La suggestion algorithmique a remplacé le hasard des rencontres fortuites.

L’adolescence s’étend aujourd’hui jusqu’à plus de 30 ans et les exigences de conformité de personnalité, normées au sérail du développement personnel « à l’américaine » incitent à ne jamais critiquer l’extérieur, mais au contraire à se réinventer soi-même. La personnalité n’est-elle qu’une machine, « customisable » à loisir ?

« Tu n’es pas bien ? C’est que tu vois les choses d’un mauvais œil ».

« Achète ça et tu iras mieux, tu seras respecté et tu feras des rencontres amoureuses : avec ce vêtement, avec ce jeu, avec cette drogue, avec ce voyage. Le monde est à tes pieds, utilise le. »

S’enchaîner le plus possible, le plus tôt possible, avec l’idée que demain nous pourrions uberiser l’un de nos logements pour gagner une rente sur la location, perpétuant (sans en dire le mot) les inégalités sociales.

Ne surtout pas réfléchir et éviter les critiques qui ne sont pas adoubées par les réseaux sociaux.

Si l’on se sent emprisonné, il y aura bien un petit saut à faire à Deauville, à Barcelone ou une semaine en Thaïlande pour décompresser.

Néanmoins, ma génération commence à prendre le pouvoir, avec un peu d’esprit critique par rapport au monde dans lequel on rentre. Mais ce pouvoir tarde à arriver, car il ne peut être obtenu que si la place est laissée vacante par les anciens, certes aliénés dans des référentiels qui n’ont plus cours, mais dont le départ est retardé par le recul de l’age légal de départ à la retraite.

D’où l’idée/légende de l’entreprenariat pour sortir du carcan. Se libérer « du travail par le travail », avec beaucoup d’appelés mais malheureusement très peu d’élus.

Ce qui libérerait en partie le monde de ces aliénations exacerbées par le digital dont nous souffrons toutes et tous et à tout niveau (quoiqu’on en dise), c’est que les grands acteurs du numériques soient publics, transparents (eux), et appartiennent à tous. Il faudrait en outre que les gens puissent être oisifs, que ce ne soit plus un privilège de rentiers ou de postes « pantoufles » mais une base garantie constitutionnellement à tou(te)s. Il nous faut impérativement des personnes, une majorité et non une minorité, disposant de temps pour créer, construire et être innovants indépendamment. Cette limitation des risques permettrait enfin de s’émanciper de cette course sans réflexion dans laquelle nous nous trouvons et qui nous conduit sans capitaine à la barre dans une direction extrêmement dangereuse.

Un citoyen oisif et créatif peut bâtir des alternatives qui sont peut-être évidentes (après coup), sociales et vertueuses pour le monde de demain, chargé de dangers déjà largement anticipés. Mieux vaut 999 personnes oisives dont l’une inventant la roue que 1000 personnes chargeant des pierres tous les jours, c’est mathématique. Ce n’est pas nécessairement le fainéant qui est innovant, mais l’oisif.

Quel rapport avec le sujet de l’article ? J’y viens.

Regagner ce temps perdu aujourd’hui permettra à toutes et à tous de redevenir des citoyens dont l’instrumentalisation sera, de ce fait, plus difficile. Il faut aussi que de nouvelles idéologies et philosophies se créent, pour que chacun puisse développer un cadre de compréhension du monde qui lui corresponde.

Sortir la tête de son smartphone, de sa course quotidienne, de ce besoin poussé par le marketing de plaire à tout prix. C’est un immense contre pouvoir qu’on ne veut pas nous laisser, et qu’on ne se laisse pas nous-même.

Il y a de nombreuses sources d’indignation dans notre société, et, malheureusement peu de pistes d’évolutions facilement exploitables individuellement. De plus, ces quelques maigres pistes sont empruntées par une minorité d’extrémistes qui ne convaincront jamais personne de les rejoindre.

Revenons à nos moutons. Comment un cartonné de Facebook et des réseaux sociaux, comme moi, qui n’a pas hésité à faire des vidéos Youtube (supprimées depuis) pour inciter les gens à voter au second tour en 2017 a pu changer en quelques années pour devenir une personne aussi critique dans ses idées ?

Je me souviens du premier déclic, ce fut lors des Solidays, un festival de musique parisien, durant la campagne des présidentielles de 2017. Je m’étais à l’époque imaginé « chevalier blanc », à l’époque, en intégrant, sur Facebook, des réseaux et groupes de complotistes et nationalistes avérés pour les convaincre de changer d’opinion. C’était ma petite croisade personnelle, j’ignore si elle a été réellement utile ou non et si, peut-être, elle a pu déclencher un peu de réflexion chez certains d’entre eux. Toujours est-il que je me suis heurté aux fameux trolls, les vrais, les « durs de durs » certains allant me menacer d’assassinat en messages privés, et d’autres allant sur mon profil pour récupérer toutes les informations possibles et signaler tout ce qui aurait pu être « signalable » (vu que j’y racontais ma vie, c’était facile). Résultat : Blocage de mon compte Facebook (accès refusé). Les raisons :

Mon pseudo n’était pas mon vrai nom, et Facebook m’a demandé ma pièce d’identité pour le confirmer.

Certaines photos de vacances torse nu ont été supprimées car considérées comme « choquantes ».

Que faire : alerter la CNIL ou tenter un procès.

Mais pas moi à l’époque. Je me souviens des symptômes PHYSIQUES que j’ai éprouvé alors. Moi qui y passais des heures par jour depuis des années, qui pensais dire des choses importantes et utiles pour le monde, j’étais d’un seul coup coupé de ma drogue. Mes jambes flageolaient, j’étais stressé. Je ne comprenais pas. J’étais pratiquement prêt à quitter les Solidays pour étudier la question dans le détail. J’ai envoyé docilement ma pièce d’identité, mon pseudo a été changé en mon vrai nom, j’ai récupéré mon compte. Fin du dossier.

C’est ainsi que, malheureusement, se déroule la lutte inégale entre les internautes classiques et les trolls de l’astroturfing : alors que l’on peut rapidement se créer un faux profil avec un faux nom et une adresse email crée pour l’occasion, le profil unique sur le long terme est condamné à la surveillance constante et au bannissement en cas de divergence.

Depuis, je travaille dans la mise en conformité des entreprises au Règlement Général sur la Protection des Données (le fameux RGPD), mais plus largement sur tout ce qui touche de près ou de loin à la vie privée et à tous ses corollaires techniques, juridiques, philosophiques et sociaux.

Pourtant, et bien que je n’employais plus ce réseau que pour les dates d’anniversaires, certaines interactions sociales et certains statuts philosophiques à rallonge, je n’ai jamais pu me résoudre à le quitter. Du moins, jusqu’à cet été, et plus particulièrement jusqu’à ce statut :

Cher amis et membres de mon réseau Facebook,

Après plus de 12 ans connecté sur cette plateforme qui contient une bonne partie de ma vie, de mes idées passées, de mon parcours et de mes photos, j’ai décidé de supprimer d’ici 7 jours mon compte Facebook. Il est possible que je le regrette un temps, tant il est difficile de maintenir des interactions sociales lorsque l’on n’a ni Whatsapp, ni Messenger, ni les infos sur les anniversaires (que je ne retiens jamais) ou les évènements (que l’on y crée par confort).

Ça a l’air d’une nouvelle lubie, mais c’est mûrement réfléchi depuis plusieurs années maintenant. Plus le temps passe, plus nous devenons dépendant de ces acteurs qui connaissent tout de notre vie privée voire intime. Non, même Whatsapp ne vous protège pas. Un exemple : je parle de réorientation d’une personne en tant que professeur sur Whatsapp, j’ai des liens suggérés sur Facebook.

Nous ne nous informons plus activement, nous nous laissons informer et divertir passivement en « scrollant » un fil.

In fine, nous sommes aisément manipulables, aisément influençables et aisément « radicalisables ». Le parano va devenir encore plus parano, le facho encore plus facho, la victime encore plus victimaire, le libéral encore plus impitoyable, le collapso encore plus collapso. Pourquoi? Tout simplement parce qu’en nous influençant jour après jour par quelques petites touches subtiles que nous ne percevons pas distinctement, cet entreprise et ses corollaires parviennent à nous enfermer dans des bulles informationnelles de plus en plus petites. On croit tous être ouverts, mais on ne l’est pas. Même les informations désagréables que nous voyons et qui nous choquent sont suggérées « à dessein » dans le but de nous cerner un petit peu plus, pour interpréter et deviner ce que l’on veut, ce que l’on pense secrètement, et influencer nos choix de consommation mais également (et c’est plus grave) électoraux voire sociaux.

On pense maîtriser, on pense avoir du recul, de l’humour et être capables de se détacher de cela (qu’on ait fait des études longues, ou non), mais c’est oublier que ces entreprises disposent d’énormément de capitaux pour investir dans la recherche sur la psychologie humaine. A une époque, je me souviens avoir rencontré un mec en doctorat de neuroscience qui allait faire un post-doctorat chez Google ou Facebook. Pourquoi, selon vous ?

Pensez-vous que la démocratie ait encore un sens avec des personnes réduites au rang de statistiques consommatrices, manipulables et radicalisables dans le sens que l’on souhaite le plus profitable (économique, souvent, mais au delà de l’économie : pour le pouvoir sur la masse abêtie des consommateurs)?

Au delà de cette simple plateforme, des traceurs que l’on appelle les cookies tiers relient votre navigation même totalement hors de la plateforme. Ce sont, entre autres, tous les onglets de like ou de partage que vous avez sur les différents sites sur lesquels vous vous connectez.

S’informer par soi-même est nécessairement plus compliqué, et peut amener à des erreurs : il faut connaître les sites de confiance, les mécanismes de contrôle des sources, peut-être s’abonner à un journal, qui sait?

Prendre contact directement par message, appel, mail ou texto est plus personnel et engageant, mais c’est pour moi de bonnes pratiques à réapprendre progressivement.

Non, je ne suis pas réac : et si au contraire être réac ce n’était pas de rester sur ces réseaux ? Il n’y a qu’à voir les publications de certains « boomers » qui ont l’air à un tel niveau d’extrémisme, avec leurs points d’exclamations, leurs chaînes d’images non sourcées et bourrées de fautes d’orthographe, leurs articles « putaclic » et leurs idées simples copiées collées qu’on croirait lire des propos de collégiens.

Non, vous ne vivrez pas malheureux et isolés hors des réseaux (Facebook, Instagram, TikTok, Twitter etc.), et oui je connais des gens qui ont une vie sociale extrêmement vivante et riche hors de ceux-ci. Il faut juste franchir le cap, et ce cap, je décide de le franchir en 7 jours le temps de prendre les infos qui m’intéressent, pour ma Santé mentale. Oui, c’est aussi difficile que d’arrêter la drogue ou d’arrêter de fumer. Mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

Dernier pan d’altération de notre humanité en date ? Le couple, écrasé par la consommation de « datas » des applications de rencontres (réseaux sociaux de séduction, donc) avec leurs nouveaux codes, incluant le terrible « ghosting », cette faculté à « effacer une personne », comme on jette un produit usagé sans autre procédure que celle de bloquer l’échange. Le sexe est un produit, un produit rentable, alors que les derniers sondages démontrent que jamais la libido n’a été si standardisée et décevante depuis des années, malgré de grands cris marketing d’appel à la soi-disant liberté, à la liberté du libéralisme, à la liberté du moi, et à l’autre comme miroir de mon égo et outil de ma satisfaction.

Si vous souhaitez garder contact avec moi, n’hésitez pas à m’écrire pour me demander mon numéro, ou mon mail. N’hésitez pas non plus à me proposer qu’on se voit en vrai (oui, je sais, ça a l’air dingue dit comme ça).

Il y a des réseaux libres, gratuits, sécurisés et défenseurs de votre intimité. Ils sont juste moins connus, moins markettés, comme Mastodon. Il y a également des messageries alternatives à Whatsapp : Silence, Signal, Telegram, Riot etc. En vrai, si on cherche, si on cherche vraiment à avoir un peu de temps de cerveau disponible entre deux notifications, gifs ou vidéos drôles/choquantes, on a le temps de trouver une autre voie que ce chemin de fer qui nous emmène directement et collectivement vers l’autoritarisme le plus dur et la catastrophe.

Reprenez le contrôle de votre vie, de votre psychologie, de vos connaissances, de votre liberté et de vos vraies interactions sociales. Redevenez un être humain et non un numéro résumé à ce pour quoi il vote, à ce qu’il consomme, à ses névroses et à ses points faibles narcissiques. Vous réaliserez que vous avez plus de temps que ce que vous pensez, plus de gens intéressants à rencontrer que vous ne le croyez, et une qualité de vie plus sympa que celles de vos rencontres d’il y a 5 ans qui ont besoin de se faire des selfies devant leur piscine pour montrer comment ils sont « kiffeurs et sexy » dans l’espoir nauséabond du like, du j’aime, du « je suis bonne, tu me trouves bonne? », du « il est pas beau mon fiston? » du « vous voyez comment j’ai une famille heureuse et accomplie? » et du « j’ai de la thune, je vous le montre? ».

Je sais qu’à ce stade de la lecture de mon statut, l’économie de l’attention (limitant la concentration à 3 lignes lorsqu’il n’y a pas d’image) et la radicalisation rapide auront fait le tri de plus de 99% d’entre vous. Tant mieux, ce n’est pas à ces 99% que je m’adresse, et avec qui je souhaite garder contact. Mon numéro (enlevez les *) : ** ** ** ** **.

Nous sommes aujourd’hui le ** ** **** cette suppression aura donc lieu le ** ** **** 🙂

Bon week-end et excellentes vacances à celles et ceux qui ont eu la chance de pouvoir poser quelques jours 😀 !

Je termine cet article avec quelques tortures psychologiques qu’il faut être capable de dépasser lorsque l’on quitte un réseau social.

Torture psychologique n°1. Tout d’abord la famille, et la famille éloignée que l’on ne pense pas nécessairement à toujours appeler. Elle prenait des nouvelles via les réseaux. Bon, il va donc falloir réapprendre à les appeler et à les contacter directement pour réellement prendre des nouvelles.

Torture psychologique n°2. Ces amis qui sont à l’étranger ou du moins géographiquement éloignés et qu’on peut difficilement contacter sans cela. Il va falloir leur envoyer des textos, des messages, des cartes postales, qui sait ?

Torture psychologique n°3. Bon sang ! Et les dates d’anniversaire ? Ok, prendre un cahier, les écrire toutes (ou du moins des personnes les plus importantes), et les rajouter dans un calendrier à soi.

Torture psychologique n°4. Et les évènements ? Ok, là c’est vrai qu’il n’y a pas vraiment de solution simple. Recevoir des textos et appeler, voir les gens en vrai, mais ça sera difficile d’être invité à des évènements où je suis juste un contact suggéré. Il faudra peut-être créer un profil sans information sur lequel uniquement se connecter sur PC ? A voir.

Torture psychologique n°5. Et Messenger ? Mince ! Tous ces gens à qui l’on parle uniquement sur cette messagerie. A ces groupes de « sorteurs » qu’on ne connaît pas vraiment individuellement ? Bon, tant pis.

Torture psychologique n°6. Et Whatsapp ? Et oui, Whatsapp appartient à Facebook, et malheureusement je suis pratiquement certain que toute personne qui lit cet article a au moins une bonne vieille conversation d’amis ou de famille sur cette application de messagerie. Bon, ok, garder Whatsapp mais sans qu’il soit sur smartphone, se connecter que sur un vieux téléphone connecté au Wifi ou via ordinateur.

Torture psychologique. n°8 Bon sang, on dispose de 30 jours pour changer d’avis après avoir demandé la désactivation du compte ! 30 jours ! Ok, il faut tenir.

Vous voulez expérimenter cette dépendance, cette addiction et cette prise de contrôle sur vos vies qu’ont les acteurs du numérique ? Essayez de les quitter juste un instant pour voir, c’est presque pire que pour le couple;).

Pierre LOIR

DPO externalisé certifié AFNOR (référentiel CNIL)

fondateur d’Observantiae SARL et initiateur du Réseau Observantiae

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